Rentrée scolaire : le manque d’AESH, une réalité qui frappe

Temps de lecture : 6 min

Points clés à retenir

  • Près de 50 000 enfants attendent encore un accompagnant à la rentrée 2025, soit environ un sur sept.
  • Le métier d’AESH est précaire : temps partiel, salaire moyen de 1030 euros net, formation parfois post-embauche.
  • L’inclusion ne doit pas reposer sur un seul acteur ; d’autres modèles, comme en Italie, privilégient une responsabilité collective.

La veille de la rentrée, l’angoisse demeure

Je vous le dis franchement, en tant que maman, je ne peux pas imaginer vivre cette situation. À la veille de la rentrée, Yasmina Gaulard ne sait toujours pas à quoi ressemblera le mardi de sa fille. Anissa, 13 ans, autiste avec trouble de l’attention, doit entrer en sixième ordinaire à Rennes. Après une primaire en ULIS, sa demande de poursuite dans ce dispositif a été refusée, faute de place. Une orientation en IME reste sans effet depuis trois ans. La famille dispose d’une notification d’accompagnement individuel, mais le collège ne répond pas. « Pour l’AESH, ce sera la surprise mardi », résume Yasmina.

Elle a téléphoné trois fois. Aucun rappel. Elle ignore si l’accompagnante sera présente, et pour combien d’heures. « Si c’est quatre heures par semaine, est-ce qu’elle va à l’école seulement quatre heures la semaine ? Je ne sais pas du tout. » Anissa ne peut pas prendre seule ses notes. Changements de salles, de professeurs, passage en permanence : autant d’obstacles. Son père, Sylvain, la voit multiplier les questions : « On sent qu’elle est très stressée, qu’elle appréhende sa rentrée ».

Un chiffre qui fait mal : près de 50 000 notifications non couvertes

Ce que j’ai appris en devenant maman, c’est que les chiffres ont parfois un goût amer. À la rentrée 2025, 48 726 des 352 102 élèves avec une notification d’aide humaine attendaient encore un accompagnant, soit près d’un sur sept (source : Assemblée nationale). Ces enfants n’étaient pas tous déscolarisés, mais privés de l’accompagnement reconnu. Ils étaient encore 42 000 à la Toussaint.

Les besoins explosent : le nombre d’élèves handicapés scolarisés en milieu ordinaire a été multiplié par 3,2 entre 2006 et 2024, passant de 155 400 à près de 500 000. À la rentrée 2025, le ministère en recensait 549 729. En face, environ 140 000 AESH. Le compte n’y est pas.

Derrière ces chiffres, la réalité fragile du métier d’AESH

Dans mon quotidien avec les enfants, je mesure la chance d’avoir des accompagnants compétents. Mais le système est précaire : les AESH travaillent en moyenne 25,5 heures par semaine, pour un salaire net mensuel de 1 030 euros. Seules 64 % sont en CDI. Leur formation obligatoire dure au minimum 60 heures… et arrive parfois après la prise de poste. Les besoins d’un enfant autiste, dys ou avec troubles du comportement diffèrent profondément.

Quand l’absence d’AESH devient une condition de fait

Entre nous, parents, saviez-vous qu’en droit, une école ne peut refuser un enfant au motif que son AESH manque ? La Défenseure des droits le rappelle depuis 2022. Pourtant, la réalité, c’est que l’AESH devient souvent la condition de fait de l’accueil : sans aide, des temps scolaires sont réduits, des rentrées reportées. Pour les enfants très dépendants, la distinction est amère : ils sont accueillis, mais sans aide pour communiquer ou apprendre, leur présence devient formelle. Yasmina a dû réduire son temps de travail et retarder sa reprise pour être disponible.

Sortir du « tout-AESH » : une responsabilité collective

Ce que j’ai appris en devenant maman, c’est qu’aucune solution unique ne fonctionne. Les AESH sont indispensables, mais en faire la réponse unique, c’est leur demander de compenser une école peu accessible. Les inspections appellent à revoir leur rôle : enseignants mieux formés, supports adaptables, temps de concertation, professionnels médico-sociaux dans les établissements, dispositifs spécialisés suffisants.

L’exemple italien : un enseignant de soutien pour toute la classe

À rebours de notre modèle, l’Italie a fait, depuis 1977, un autre choix : celui d’un enseignant de soutien spécialisé, affecté non pas à un enfant mais à une classe entière. Il coconstruit avec l’équipe et la famille un projet individualisé, avec un assistant à l’autonomie en complément. Le système n’est pas parfait : 22 % de ces enseignants n’étaient pas spécialisés en 2024-2025, et plus d’un sur cinq manquait à l’appel à la rentrée. Mais la responsabilité ne repose jamais sur une seule paire d’épaules. L’enseignant de soutien reste avant tout un enseignant, formé à la pédagogie, quand l’accompagnement des gestes quotidiens relève d’un métier distinct. Chez nous, cette séparation éviterait qu’une même personne doive être tour à tour auxiliaire de vie, médiatrice et presque professeure.

Agir maintenant : la pétition « Capables »

Cette situation a poussé Yasmina à lancer une pétition au nom du collectif CAPABLES. Elle demande plus d’AESH, mais aussi des places en UEMA, ULIS et IME, des moyens médico-sociaux, la formation de tout le personnel de l’Éducation nationale en lien avec les élèves, et une anticipation des parcours. « Une inclusion sans accompagnement humain, sans places adaptées, sans solutions médico-sociales et sans professionnels en nombre suffisant devient une maltraitance institutionnelle », écrit-elle.

À la veille de la rentrée, Yasmina attend encore et saisira si nécessaire le Défenseur des droits. « On est obligés de mettre toute notre énergie là-dedans. On n’a pas le choix. » Une école inclusive ne devrait dépendre ni de l’endurance juridique des parents, ni de la présence incertaine d’une accompagnante sous-payée. Elle devrait être conçue pour accueillir tous les enfants.

Partagez votre amour